solastalgie

L'homme tendu.

© Adagp, Paris, 2021.

Violon, acrylique et gesso sur cire et bois.

60 x 40 x 10 cm. 2,2 kg.

Perfectionniste dans une société pressée, anxieux dans une société précaire, hypersensible dans une société impassible, doux dans une société qui se durcit, contemplatif dans une société glorifiant la performance, esthète dans un monde qui s'uniformise, je dissone.

Les cordes de mon dos se tendent, mon cou se tord, je grince, je crisse, je gémis.

Douleur et peine.

© Adagp, Paris, 2022.

Acrylique et gesso sur cire, ouate et bois.

61 x 40 x 18 cm. 2 kg.

Dis-moi.

Dis-moi que toi aussi, tu sens comme la Terre tourne beaucoup trop vite en ce moment.

Dis-moi que toi aussi, tu vois comme le Vivant s'agrippe, s'épuise et se fait éjecter.

Dis-moi que je ne suis pas le seul à avoir la nausée.

Dis-moi que ma tristesse est légitime.

Dis-moi que ma colère est saine.

Dis-moi que ma peur est fondée.

Dis-moi que je ne suis pas fou.

Serre-moi fort dans tes bras.

Aide-moi à traverser mes émotions.

Rappelle-moi que tenter de les rejeter décuplerait leur intensité.

Écarte-moi des anesthésiants: écrans, alcool, drogues, médicaments, travail, consommation.

Redis-moi que tristesse et joie utilisent les mêmes canaux émotionnels, que se couper de l'une revient à se couper de l'autre.

Protège-moi des injonctions à paraître positif et constamment heureux.

Redis-moi que personne n'est fait pour vivre une vie superficielle, résignée et privée de sens.

Fais-moi le récit de sursauts collectifs.

Aide-moi à faire ralentir ce manège.

La solitude.

© Adagp, Paris, 2022.

Acrylique et gesso sur cire et bois.

61 x 40 x 6 cm. 1,5 kg.

Je sens ta présence à mes côtés. Tu t'es installée pesamment, et tu as fait place nette autour de nous. L'espace et le temps se sont dilatés. Nu face à moi-même, minuscule, je goûte maintenant à ma contingence, à mon absurdité, à mon insignifiance et à ma vulnérabilité. L'odeur du vide se faufile dans mes narines; angoissante, vertigineuse. Mes entrailles se nouent, mon dos se tend, mon cerveau sonne le tocsin. La tentation est grande de te faire fuir, de te remplacer par une diversion facile, un clic, un swap, un fond sonore. Je choisis cependant de te préserver encore un peu, effrayé et fasciné à la fois. Je laisse alors mes émotions infuser, aussi aigres, âcres ou amères soient-elles. Leurs nuages s'épanchent lentement en moi. Je m'abandonne. Des images m'attrapent, des histoires se tissent. Je me recentre. Et je m'apaise, rassuré d'avoir pu traverser indemne cette mer peuplée de monstres.

Mes yeux s'ouvrent, je fige des idées sur un papier.

Solitude, je suis reconnaissant de t'avoir régulièrement à mes côtés.

Le plongeoir.

© Adagp, Paris, 2021.

Acrylique et gesso sur cire et bois.

61 x 40 x 28 cm. 1,6 kg.

Adolescent, petit, maigre et frêle, la piscine n'était vraiment pas l'endroit où j'étais le plus à mon avantage. Le plongeoir encore moins.

Les samedis après-midi d'été à la piscine municipale entre copains étaient l'occasion pour moi de jalouser les sauts virils qui s'enchaînaient devant une gente féminine en pâmoison.

Devant la pression de me voir essayer, je grimpais sans conviction les échelles qui me menaient à cinq mètres de hauteur, au sommet du ridicule : grelottant de froid et de peur, sac d'os soumis au vent et à mes émotions, je renonçais honteusement la plupart du temps à sauter cette hauteur, devenue démesurée à force de la regarder.

L'humiliation continuait alors avec ma redescente malhabile des échelles étroites, dérangeant une à une les personnes que j'avais déjà fait longuement patienter pour rien, pour me rasseoir boudeusement sous les regards féminins moqueurs et dédaigneux.

Adulte, chacune de mes décisions de vie me replace émotionnellement en haut de ce maudit plongeoir.

Adulte, je grelotte toujours devant le vide de l'inconnu.

Adulte, l'enjeu me paraît toujours énorme.

Adulte, traverser ma peur m'est toujours difficile.

Adulte, j'y ajoute toujours la honte et le repli.

Adulte, je suis resté cet adolescent anxieux.

Procrastination.

© Adagp, Paris, 2021.

Acrylique et gesso sur bois.

61 x 25 x 4 cm. 1 kg.

Je rédigerai l'explication demain ;)

La cage "dorée".

© Adagp, Paris, 2021.

Cage à oiseau, papier, acrylique et gesso sur cire.

30 x 22 x 39 cm. 1,4 kg.

Enfermé dans un modèle individualiste, productiviste et consumériste, je ressens lourdement le coût que fait peser sur la biodiversité et le climat le confort matériel que l'on me vend.

Sortir de ce modèle implique de surmonter ses peurs de déclassement et de manque, de changer de regard et d'imaginaire, et de créer du sens, de la résilience et du lien : lien avec soi-même, lien avec les autres Vivants, et lien avec la magie de ce qui nous dépasse.

L'homme à tête de fou, moitié tornade et moitié mec.

© Adagp, Paris, 2020.

Pastel et gesso sur polystyrène et bois.

68 x 60 x 13 cm. 3,2 kg.

L'hygiène corporelle n'a cessé de s'améliorer au cours de l'evolution humaine, et avec elle, les grandes épidémies dévastatrices ont presque disparu.

L'hygiène mentale, au contraire, s'est fortement dégradée, avec notamment le développement du stress, de l'exposition à des neurotoxiques, de la malbouffe, de l'hyper-connexion numérique, de l'isolement, des inégalités.

Les troubles mentaux* deviennent épidémiques : l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé en 2014 que 27 % de la population adulte des pays de l’UE avait été atteinte au moins une fois de troubles mentaux au cours de l’année précédente.

Environ un milliard de personnes dans le monde, de tous les groupes d’âge et de toutes les zones géographiques, sont affectés par des désordres neurologiques et leurs séquelles.

En mars 2007, un rapport de l'OMS annonce un doublement des cas de démence tous les 20 ans pour les prochaines décennies.

Ne serait-il pas temps de passer à une société centrée sur le bien-être du Vivant ? Avec une place de choix pour l'éducation positive, la psychanalyse, la méditation, l'accès au sport et à une nature préservée.


* Dépression, schizophrénie, trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, trouble bipolaire, anxiété, troubles de l’alimentation, trouble obsessionnel compulsif, autisme, trouble de stress post-traumatique, etc.

Sources :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Sant%C3%A9_mentale

http://www.who.int/mental_health/neurology/neurological_disorders_report_web.pdf

Lassitude de confiné.

© Adagp, Paris, 2021.

Miroir et acrylique sur bois.

140 x 122 x 6 cm. 8 kg.

Un miroir est intégré dans le tableau, au niveau de la vitre.

Le visiteur qui passe devant le tableau voit donc son reflet dedans. Il se retrouve à la fois physiquement derrière le confiné (c'est-à-dire également confiné dans la pièce noire), et devant le confiné de l'autre côté de la vitre (donc libre et à la lumière).

Comme quoi, la liberté vient peut-être en s'arrêtant et en se regardant en face.